Le Matrimoine en province de Liège
11 mars 2026
Redécouvrir le matrimoine : des femmes de l’histoire liégeoise remises en lumière
À l’occasion d’une rencontre organisée en petit comité autour du thème « Ne parlons plus de patrimoine, mais de matrimoine en province de Liège », six participants se sont réunis pour réfléchir à la place des femmes dans l’histoire et la mémoire publique de la région liégeoise. La discussion s’inspirait notamment de l’exposition consacrée au matrimoine présentée à La Cité Miroir, qui met en avant des figures féminines marquantes de la province.
Mettre en lumière des figures souvent oubliées
La notion de matrimoine vise à compléter et rééquilibrer la notion traditionnelle de patrimoine en mettant en avant l’héritage laissé par les femmes dans les domaines politique, culturel, scientifique ou social. Au fil de la rencontre, plusieurs personnalités féminines liées à l’histoire de Liège ont été évoquées.
Parmi elles figurait la révolutionnaire Théroigne de Méricourt, célèbre pour son engagement durant la Révolution française. Son parcours illustre la participation active des femmes aux bouleversements politiques de la fin du XVIIIᵉ siècle.
La discussion a également abordé la figure de Léonie de Waha, pionnière de l’éducation des jeunes filles à Liège et militante en faveur d’un accès élargi à l’instruction pour les femmes.
Dans un registre culturel, la châtelaine mélomane Marie-Louise de Caraman-Chimay a été mentionnée pour son rôle dans la vie artistique et musicale de son milieu.
D’autres noms ont également été évoqués, comme Louise Derache, qui rappelle que certaines femmes ont laissé leur empreinte dans l’espace urbain.
Résistance et engagement social
L’histoire des résistantes a également occupé une place importante dans les échanges. La figure de Gabrielle Petit, dont un monument rappelle le sacrifice, illustre le courage de nombreuses femmes engagées dans les luttes de leur temps.
Certaines résistantes liégeoises ont poursuivi leur engagement après la guerre en participant à la création d’initiatives sociales, notamment les premiers centres de planning familial. Ces trajectoires montrent que l’engagement féminin ne s’est pas limité à la résistance, mais s’est prolongé dans la transformation de la société.
Femmes et toponymie : une présence encore marginale
Un constat s’est imposé au cours de la discussion : si l’on trouve bien des rues portant des noms de femmes à Liège, celles-ci restent minoritaires et leurs histoires sont largement méconnues.
La toponymie urbaine reflète souvent une mémoire collective dominée par des figures masculines – hommes politiques, militaires, scientifiques ou artistes. Les femmes qui y apparaissent demeurent peu nombreuses et rarement identifiées par les habitants.
Le pouvoir symbolique du matrimoine
La rencontre s’est conclue par une réflexion sur l’importance de féminiser davantage les lieux publics et les récits historiques. Mettre en avant ces figures féminines permet non seulement de corriger un oubli historique, mais aussi d’offrir des modèles et des repères différents dans l’espace public.
Redécouvrir le matrimoine revient ainsi à révéler une histoire plus complète, où les femmes apparaissent comme des actrices à part entière de la vie politique, culturelle et sociale de la province de Liège. Derrière les noms parfois discrets d’une rue ou d’un monument se cachent en effet des parcours de femmes résistantes, créatives et engagées, dont la mémoire mérite d’être mieux connue et transmise.
